De manière consensuelle, de nombreuses personnes s’accordent à avoir une vision généraliste du corps latin, le plus souvent associé à la séduction et à l’excitation. Il convient de dépasser cette vision pour analyser comment cet imaginaire a été fabriqué et, plus récemment, déconstruit. Dans cet article, nous explorerons les différents facteurs, historiques, climatiques et culturels, qui expliquent l’attirance pour les corps latins, tout en examinant la nouvelle vague d’identités plurielles qui remodèle cette perception.
Hollywood : Manufacture du mythe et du « Latin Lover »
L’attirance à l’endroit des corps latins est issue d’un imaginaire qui a graduellement donné un caractère sensuel à la personne originaire du continent latino-américain. Si les corps latins excitent autant, c’est en grande partie grâce à Hollywood. En fait, “l’exotisme latin” a été perçu comme ayant du potentiel vers les années 1930. On a ainsi vu émerger des stars telles que Rudolph Valentino, figure emblématique du “latin lover” (traits du visage bien marqués, ténébreux, brun).
Des années après, des femmes ont quant à elles incarné l’image de la “bomba latina”, comme Raquel Welch, Margarita Cansino devenue plus tard Rita Hayworth, et Carmen Miranda. Sous leur ère, la femme latine était dépeinte comme attirante et brute à la fois. De nos jours, ce sont des figures comme Shakira ou encore Jennifer Lopez qui ont pris la relève. Les standards de beauté qu’elles inspirent sont les corps bien dessinés, aux formes généreuses (le booty). Auparavant méprisée par la culture occidentale, cette caractéristique physique est aujourd’hui enviée par une grande partie de la population mondiale.

Quand le climat intervient
Aussi banal que cela puisse paraître, le climat a grandement joué en faveur de la fascination pour les corps latins. En effet, que ce soit en Europe du Sud (Portugal, Espagne) ou sur le continent américain (Guatemala, Brésil, etc.), le soleil est une constante climatique des zones latines. Une telle situation a favorisé deux répercussions principales :
- L’appétence pour un corps plus exposé : dans les endroits où le soleil est constamment présent, on a pour habitude de porter des vêtements légers et courts. Cela incite à mieux prendre soin de son corps pour ainsi se distinguer lors des promenades.
- Les symboles liés à la chaleur : de manière parfois non consciente, on met en rapport chaleur humaine et chaleur climatique. Par conséquent, on oppose aux corps latino-américains les corps froids des pays européens et nord-américains, dans l’aspect le plus globaliste du terme.
L’esthétique et le sens du rythme associés au corps latin
Un type spécifique d’expression corporelle est directement associé aux latins, plus particulièrement aux femmes. Il n’est pas uniquement question du corps, mais également de son mouvement dans l’espace.
La révolution de la courbure
Pendant de nombreuses décennies, les canons de beauté occidentaux ont mis en avant la minceur athlétique, occultant toute autre vision de ce que représente un beau corps. Mais depuis plusieurs années, c’est désormais aux courbes que reviennent les pleins pouvoirs. En clair, la silhouette en sablier est célébrée à travers le monde.
Les fessiers et les hanches sont vus positivement par femmes et hommes : ils symbolisent le dynamisme et paradoxalement, la finesse. Le corps latin est ainsi devenu un modèle à imiter, ce qui a inopinément engendré la ruée vers des actes chirurgicaux, comme le Brazilian Butt Lift (BBL), transformant une caractéristique liée à l’origine ethnique en un effet de mode, non sans dérives éthiques et sanitaires.
La danse : repère du corps latin
La musique, et son allié fidèle, la danse, sont d’autres aspects qui incitent à aimer les corps latins. Concrètement, le bassin est énormément sollicité dans des danses d’origine latine comme le tango, la bachata, ou encore la salsa. Aux yeux des cultures extérieures, cela symbolise la sensualité affirmée et l’indépendance du corps. Par ailleurs, comme chez l’Africain, on associe le rythme de manière originelle au corps latin. Ce qui conduit les personnes issues d’autres cultures à imaginer une fusion entre le corps et l’esprit chez les Latins.

Le rapport à la distance physique
Si de nombreuses personnes sont fascinées par les corps latins, c’est aussi en raison du rapport à la distance physique qu’ils entretiennent avec les autres. En effet, dans la culture latine, les corps sont souvent plus proches les uns des autres. Le toucher est omniprésent, les embrassades sont constantes et émotionnelles. Cela favorise une perception d’ouverture et d’intimité qui peut être interprétée comme une plus grande accessibilité émotionnelle ou sexuelle.
Le rôle du numérique dans la nouvelle perception des corps latins
Internet a permis de donner un plus grand impact au corps latin. Paradoxalement, il a aussi favorisé l’expression de voix qui proposent une vision différente de la personne “latine”, loin des mythes créés par Hollywood.
Une exposition accrue sur les réseaux sociaux
Les nouveaux outils de promotion du style latino sont, entre autres, TikTok et Instagram. En réalité, les standards de beauté de cette communauté ont fortement contribué à initier des appellations telles que “Baddie” ou “Clean girl”. On voit ainsi émerger une sorte de norme internationale en termes de beauté. Cela crée cependant une acculturation pour bien de personnes.
Aussi, des stars aux millions d’abonnés comme Maluma ou Georgina Rodríguez sont devenues plus que des personnalités publiques. Elles représentent à elles seules des marques. Ce qui leur permet de faire, consciemment ou non, la promotion de leurs habitudes culturelles et de la plastique qu’elles désirent incarner en tant que célébrités latines.
L’indigénisme et l’afro-latinidad comme un autre outil de déconstruction
Au-delà des aspects évoqués quant à la volonté de déconstruction des stéréotypes liés au corps latin, il y a une mise en cause profonde du modèle métis clair, communément “Mestizo”. Dans les faits, une nouvelle vague de personnes prône la mise en valeur des traits essentiellement africains d’une bonne partie de la communauté américano-latine. Il ne s’agit plus de voir le latin uniquement comme le descendant de l’indo-européen, mais comme l’un des éléments d’un grand ensemble.
Les différents tons de peau et textures de cheveux trouveront ainsi une place plus légitime dans ce nouveau récit. Enfin, une autre vague d’influenceurs latinos conteste le stéréotype du latino au sang chaud et au corps qui évoque la sensualité. Elle se définit plutôt par une identité complexe, avec des ressorts politiques et intellectuels.
L’attirance pour les corps latins vient de plusieurs facteurs, des clichés prônés par Hollywood au rôle du climat, en passant par les prédispositions supposées en danse des personnes concernées. Aujourd’hui, une vision plus large et moins biaisée est mise en avant par des influenceurs et leaders d’opinion.
Même si les mythes antérieurs persistent encore, il convient de s’ouvrir à une nouvelle orientation en termes de perception, pour humaniser les corps latins et non les réduire à de simples fantasmes. C’est dans cette reconnaissance des identités plurielles, notamment l’afro-latinidad et l’indigénisme, que l’on trouve le véritable récit décolonisé du corps latin.







