Le cinéma français vient de vivre un séisme artistique majeur avec la sortie d’une œuvre qui bouscule toutes les certitudes. Préparez-vous à plonger dans un récit d’une puissance émotionnelle rare, où la survie devient un art de vivre. Découvrez pourquoi ce long-métrage est devenu le sujet de conversation numéro un dans tous les festivals.
Une œuvre bouleversante entre deuil profond et renaissance
Le film Kika, réalisé par la talentueuse Alexe Poukine, nous entraîne dans l’intimité d’une femme frappée par le destin. Kika, assistante sociale de métier, perd brutalement son compagnon alors qu’elle découvre sa grossesse. Elle se retrouve face à un vide immense, avec le cœur en miettes et un compte en banque désespérément vide.
Cette situation de précarité extrême pousse l’héroïne à faire des choix radicaux pour ne pas sombrer. Elle hiérarchise ses priorités avec une lucidité presque effrayante : trouver de l’argent et sortir de l’ornière. C’est le point de départ d’une remontée vers la lumière totalement imprévisible et hors des sentiers battus.
Le scénario, coécrit avec Thomas Van Zuylen, évite soigneusement les pièges du mélodrame larmoyant pour privilégier l’action. Chaque étape de la reconstruction de Kika est filmée avec une précision chirurgicale qui force l’admiration. Le spectateur est témoin d’une métamorphose identitaire qui interroge nos propres limites morales.

Manon Clavel : la révélation foudroyante du cinéma français
L’actrice Manon Clavel livre ici une performance qui marquera durablement l’histoire du cinéma français contemporain. Elle incarne une Kika à la fois fragile et d’une détermination de fer face à l’adversité. Son jeu, tout en nuances et en retenue, donne une épaisseur incroyable à ce personnage complexe.
Sa prestation lui a déjà valu le prestigieux prix de la meilleure actrice au Brussels International Film Festival. Elle parvient à rendre crédible le basculement d’une femme ordinaire vers des activités jugées marginales par la société. Sa présence magnétique crève l’écran et porte littéralement le film sur ses épaules.
Aux côtés de Manon Clavel, on retrouve des acteurs talentueux comme Makita Samba ou Bernard Blancan. Cette distribution apporte une authenticité supplémentaire à ce récit ancré dans la réalité sociale. Chaque interaction renforce le sentiment d’urgence et de vérité qui se dégage de l’œuvre.
Une plongée sans tabou dans l’univers du travail du sexe
Pour s’en sortir, l’héroïne commence par vendre des sous-vêtements usagés avant de s’immerger dans le travail du sexe. Alexe Poukine explore les pratiques BDSM et le rôle de domina avec une curiosité quasi anthropologique. Le film montre des scènes de fétichisme étonnantes, comme l’humiliation ou le changement de couches pour adultes.
Loin de tout voyeurisme malsain, la réalisatrice filme ces séquences avec un humour burlesque et une grande tendresse. Elle ne juge jamais ses personnages, qu’ils soient prestataires ou clients en quête de soins. Cette approche permet de dédramatiser des sujets souvent perçus comme glauques ou honteux par le grand public.
Le film aborde la sexualité comme un espace de soin, de décharge émotionnelle et de survie financière. Il met en lumière les zones grises où le désir et la détresse s’entremêlent de façon indistincte. C’est une réflexion profonde sur la propriété du corps et la liberté de disposer de soi.
Le style unique d’Alexe Poukine entre documentaire et fiction
Forte de son expérience dans le documentaire, notamment avec « Sans frapper », la réalisatrice insuffle un réalisme brut à sa fiction. Son regard direct et sans fard sur la précarité féminine confère au film une force de frappe exceptionnelle. La mise en scène privilégie la lumière naturelle et les plans serrés pour renforcer l’intimité.
La photographie de Colin Lévêque sublime les décors quotidiens, rendant poétiques des appartements modestes ou des rues banales. La musique de Pierre Desprats accompagne le récit sans jamais l’écraser, soulignant les moments de tension émotionnelle. Ce mélange de styles crée une atmosphère unique, à la fois onirique et profondément ancrée dans le réel.
Ce premier long-métrage de fiction confirme qu’Alexe Poukine est une voix majeure et nécessaire. Elle réussit le pari de traiter de la douleur du deuil avec une énergie vitale communicative. Le film n’est jamais pesant, porté par un rythme soutenu et des dialogues percutants.

Un accueil passionné et nécessaire au festival de Cannes
Présenté à la Semaine de la Critique lors du Festival de Cannes 2025, le film a suscité des réactions passionnées. Certains critiques y voient une œuvre audacieuse et salutaire, tandis que d’autres sont décontenancés par sa franchise. Cette dualité de réception souligne la puissance du sujet traité par la réalisatrice belge.
Le long-métrage a également reçu l’Amphore d’Or au Festival du film grolandais, preuve de son esprit irrévérencieux. Il s’inscrit dans une mouvance cinématographique qui refuse les compromis et les consensus mous. Kika est un film qui divise, qui choque, mais qui surtout fait réfléchir intensément.
La sortie en salles le 12 novembre 2025 a confirmé l’intérêt du public pour ces thématiques sociales fortes. Le succès ne se dément pas, porté par un bouche-à-oreille enthousiaste de la part des spectateurs. C’est une victoire pour le cinéma indépendant qui ose aborder les marges avec respect.
Pourquoi ce film est essentiel pour le féminisme actuel
Le féminisme de Kika ne passe pas par des discours théoriques, mais par des actes concrets de résistance. L’héroïne refuse d’être une victime passive de son deuil ou de sa situation financière instable. Elle s’approprie les codes de la domination pour reprendre le pouvoir sur sa propre existence.
Le film explore l’indépendance féminine sous un angle rarement montré, celui de la débrouillardise et du pragmatisme. Il rappelle que la liberté commence souvent par l’autonomie financière, même par des voies détournées. Kika est une héroïne moderne, imparfaite, mais dotée d’un courage immense face à l’adversité.
En montrant la solidarité entre travailleuses du sexe, le récit brise également de nombreux préjugés tenaces. Il célèbre la sororité dans les moments les plus sombres de la vie d’une femme. C’est un vibrant hommage à toutes celles qui luttent quotidiennement pour leur dignité.







